Mesdames, Messieurs,
En tant qu’employés et administrateurs des services publics, vous représentez l’État québécois auprès des citoyens et des entreprises québécoises. Vous êtes directement impliqués dans l’application de la politique linguistique de gouvernement du Québec. La Charte de la langue française vise « à faire du français la langue de l'État et de la Loi aussi bien que la langue normale et habituelle du travail, de l'enseignement, des communications, du commerce et des affaires. »
Comme le déclarait Camille Laurin en 1977 : « En proclamant le français langue officielle du Québec et en reconnaissant à tous les Québécois le droit au français dans tous les domaines de la vie québécoise, nous faisons de cette langue un bien commun national, le bien commun de tous les Québécois, le moyen par excellence de cohésion et de dialogue entre Québécois de diverses origines en même temps que le moyen d’expression de l’identité québécoise face au monde. »
Partout dans le monde existent des lois linguistiques. Dans la plupart des pays, elles reposent sur le principe de territorialité : sur un territoire donné, une seule langue est utilisée dans le secteur public. Le bilinguisme officiel, institutionnel ou social (et non pas individuel) favorise invariablement l’assimilation progressive des langues minoritaires. Les Québécois francophones ne représentent que 2 % de la population de l’Amérique du Nord. C’est pourquoi la Loi 101 faisait du français non pas une langue officielle, mais plutôt la seule langue officielle du Québec. C’est la condition première pour permettre l’inclusion de tous les citoyens dans un espace public commun et pour assurer l’avenir du français au Québec. Il s’agit donc d’une contribution importante pour la diversité culturelle dans le cadre de la mondialisation.
En tant qu’employés et administrateurs des services publics à Montréal, vous avez donc un rôle crucial à jouer dans l’accueil et la francisation des nouveaux arrivants. La région métropolitaine de Montréal représentera bientôt la moitié de la population du Québec. Elle compte aussi près de 80 % de sa population d’expression anglaise, héberge la direction de la plupart des filiales d’entreprises étrangères et accueille plus de 85 % des nouveaux arrivants au Québec. L’anglicisation de Montréal porterait un coup fatal à notre culture et à notre identité en tant que peuple.
C’est pourquoi le Mouvement Montréal français sollicite votre solidarité et votre vigilance. Quand des services gouvernementaux ne respectent pas leur propre politique linguistique, ils lancent alors le message à leur clientèle que le Québec est un État bilingue où il n’est pas nécessaire de connaître le français. Nous vous invitons à prendre le temps de toujours communiquer en français, particulièrement avec les nouveaux arrivants, c’est un geste d’ouverture et d’accueil. Trop de Montréalais ont tendance à utiliser l’anglais avec les personnes dont le français n’est pas la langue maternelle. Cette habitude qui, en plus de causer beaucoup de tort au français, est souvent perçue comme un message d’exclusion adressé aux non-francophones.
Nous vous demandons de vous assurer que les services qui relèvent de vos fonctions appliquent rigoureusement la politique linguistique. Comme vous le savez sans doute, elle prévoit que, de façon générale, l'Administration emploie exclusivement le français dans la rédaction et la publication de ses textes, documents et communications, y compris ceux qui sont diffusés sur support électronique. Les services dans une autre langue sont supposés être exceptionnels et seulement sur demande.
Notamment, le système de communication téléphonique de la SAAQ ne respecte pas cette politique. Nous vous référons aux recommandations émises par l’Office québécois de la langue française dans un dépliant intitulé LA PLACE DU FRANÇAIS DANS LES MESSAGES D’ACCUEIL DE L’ADMINISTRATION PUBLIQUE AU QUÉBEC.
Une partie de la responsabilité d’établir le français comme véritable langue officielle et commune dépasse vos champs d’action et relève plutôt de la volonté politique des parlementaires car cela nécessitera des changements législatifs et réglementaires. La Charte de la langue française a été grandement contestée et affaiblie dès son instauration. Rappelons que la Loi 101 a subi plus de 200 amendements qui l’ont affaiblie dans la plupart de ses secteurs d’application. De cette façon, une loi qui devait rendre le français incontournable est devenue une loi qui permet le bilinguisme. Le gouvernement ne peut exiger que les entreprises et les commerces utilisent le français comme langue commune si ses propres services publics ne le font pas eux-mêmes.
Dans cette optique, c’est en tant que citoyennes et citoyens que nous vous invitons à vous joindre à nous pour inciter le gouvernement à renforcer la Loi 101 pour contrer le recul du français à Montréal et réaliser enfin l’objectif fondamental de la Charte de la langue française qui est de faire du français la véritable langue commune et officielle au Québec.
En vous remerciant à l’avance de la considération que vous accorderez à notre demande, nous vous prions d’agréer l’expression de nos sentiments les meilleurs.
Information :
Sophie Beaupré, 514-839-4140, 514-835-6319
permanence@montrealfrancais.org